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Alefa Madagascar

Tsara Sora au mouillage dans les îles Radamas
Jusqu'au bout du jour... le dernier jour
Midi... atterrissage de Wazala sur la plage d'Anjiabe
La pirogue Sakalava fait partie de la grande famille « des pirogues à balancier » que l’on trouve principalement en Asie, en Polynésie et en Afrique de l’est.
Les pirogues à balancier de Madagascar tirent leur origine de deux régions principales : l’arc Indonésie – Bornéo (pirogues à deux flotteurs ) et le Sri Lanka (pirogues à un seul flotteur).
Ce sont probablement des marins égarés et non des grandes migrations qui ont amené ces premières pirogues sur le littoral ouest Malgache.
Le brassage culturel, les contraintes spécifiques de l’environnement de la côte ouest, et le bon sens marin ont progressivement fait évoluer ces deux influences vers la pirogue typiquement Sakalava que nous connaissons aujourd’hui. Elle est composée d’une coque centrale étroite ( le plus souvent entre 4 et 9 mètres) constituée par un tronc creusé surmonté de plusieurs pièces de bois et planches assemblées. La forme de l’ensemble est très hydrodynamique et rappelle les gondoles Vénitiennes… et les multicoques de course moderne.

Le flotteur, toujours à droite, est construit massivement dans un bois très léger. Il est relié à la coque par deux perches en bois extrêmement souples et solides. Le tout est habilement fixé par des cordages qui confèrent à l’ensemble une grande résistance tout en garantissant une certaine souplesse.

En fonction de leur taille, les pirogues traditionnelles ont trois usages principaux :
Remarquez bien... y'a pas plus petit !
La toute petite : Elle mesure entre trois et cinq mètres, est dépourvue de voile et la coque centrale est seulement constituée d’un tronc évidé. Elle est facilement manipulable par un enfant ou un vieillard et un seul homme suffit pour la remonter hors des marées. Légère et au ras de l’eau, elle permet de circuler aisément à travers les réseaux de palétuviers et les bancs de sable des estuaires. Elle ne permet pas d’aller au large, mais représente l’autonomie même aux alentours des villages, un peu l’équivalent de la mobylette ou la moto… mais sur l’eau.

Famille en déplacement

La moyenne : C’est la plus courante. Elle mesure entre quatre et sept mètres et possède une forme très élaborée. Au dessus du tronc de base on trouve un assemblage de pièces de bois et de planches reliées par des clous carrés galvanisés de fabrication locale. Deux hommes suffisent à la manipuler, elle a une voile carrée ou triangulaire, et elle sert essentiellement à partir à la pêche (jusqu’à 20 km des côtes). Elle permet également d’entreprendre de véritables voyages le long de la côte avec peu de gens, mais sa faible capacité de charge (100 à 200 kg) ne lui permet pas de faire un véritable commerce. En brousse, elle représente un peu la voiture de « monsieur tout le monde ».

Grande pirogue de voyage portant un autre pirogue

La grande : Elle mesure entre huit et treize mètres et pèse parfois plusieurs tonnes. Autrefois, les rois et les reines sakalava s’en servaient pour entreprendre de véritables expéditions guerrières, allant parfois jusqu’aux Comores (800 km aller/retour). Lors de ces expéditions, elles pouvaient porter jusqu’à quarante hommes par pirogue. Aujourd’hui, ces grandes pirogues de voyage existent encore.
Elles servent parfois pour la pêche au filet, mais surtout à transporter des produits locaux (planches, charbon, troncs de palétuviers, noix de coco, oranges, riz, raphia et feuilles de ravinala). La voile est en général triangulaire, presque comme les voiles latines des « felouques » du Nil, mais il arrive que certaines pirogues soient équipées de voiles auriques avec foc et grand-voile. En brousse, elles représentent un signe extérieur de richesse, c’est la camionnette de la mer, un véritable outil de développement quand on vit en brousse et qu’on cherche à gagner un peu d’argent.

Tsara Sora, à 200 km au sud de Nosy BeNos pirogues appartiennent à cette dernière catégorie et sont nos gros jouets depuis plus de quinze ans.
Elles ont été entièrement réalisées à la main par un maître charpentier Sakalava. Leur dimension exceptionnelle, la qualité des bois qui les constituent, alliés à l’énorme travail que représente leur achèvement, confèrent à ces bateaux une dimension passionnelle peu commune :
six essences de bois différentes, des troncs énormes pour creuser les bases, des semaines en forêt pour fabriquer les imposants flotteurs, des mois pour les acheminer à la mer,
et encore des mois d’un travail très précis afin d’assembler le tout selon la tradition.

Bien plus que de simples grandes pirogues traditionnelles, ce sont de véritables œuvres d’art. Esthétiques, marines et rapides, elles rendent un superbe hommage à la brillante culture de ce pays. Ce sont des multicoques fabuleux, très vifs à la voile, avec lesquels nous abordons la terre directement, sans l’intermédiaire d’une annexe. Elles collent au terrain de la mer comme un 4X4 colle à la terre.